La chevauchée fantastique à la 53ème minute avec un passage en revue de quatre/cinq joueurs adverses, avant d'être stoppé irrégulièrement à l'entrée de la surface de réparation, a donné la note au-dessus au match de Kharim Semmam, face à Plonéour FC (4-1, 8ème finale coupe du Finistère). Pouvant jouer indifféremment à tous les postes de la défense ou du milieu de terrain, il a toujours cette facilité technique et de placement qui lui permet d'avoir cette vista nécessaire dans les choix à faire sur le terrain. Cet enfant du club a bien grandi, mais à 41 ans, son enthousiasme lui n'a pas grandi, il est toujours aussi fort pour le football. Renforcé par une carrière au plus haut niveau amateur, qu'il a conduit en National ou CFA au Stade Plabennécois et l'US Concarneau, et ce en dépit d'une coupure de sept ans, pour un déménagement en Languedoc Roussillon, le retour sur ses terres léonardes lui a donné une seconde jeunesse. Revenu sur les terrains quand beaucoup ont déjà tourné la page, fortuitement à ses 38 ans, aux Paotred Roscoff et ensuite à "son" Stade Léonard Kreisker, il est toujours ce joueur élégant avec le ballon gardant cette obstination à vouloir être propre techniquement sur ses prises de balle. " A 9 ans, je faisais 1.000 jonglages. Et si le ballon tombait vers 800/900, je recommençais pour atteindre les 1.000". A l'image d'un Loulou Floch, qui avair éclaté au SLK, au début des années 60, mis dans le bain de la DH à 15 ans et demi, Kharim Semmam a aussi débuté très tôt, à cet âge en senior avec les Rouge et Blanc. Repéré par Bernard Maligorne, sur un Saint-Pol - Plabennec au 7ème tour de la coupe de France, devant un stade des Carmes rempli à ras bord, à ses 17 ans, il n'a pas connu une carrière professionnelle, faute d'avoir été raccordé à un centre de formation à l'adolescence, mais il ne regrette rien. Le foot lui a amené des émotions exceptionnelles. Une qualification à Marcel Picot, à l'AS Nancy Lorraine (0-2), en 8ème finale de la coupe de France, une élimination de l'OGC Nice en 32ème finale avec le Stade Plabennécois, ou un 16ème finale resté dans les mémoires concarnoises, face à l'EA Guingamp, avec un doublé de Killian Gargam (2-3, ap). La montée en National avec le Stade Plabennécois, les aventures de coupe, toutes ses années autour du ballon rond, et un enthousiasme tellement communicatif et revivifiant. Saint-Pol de Léon a de la chance d'avoir une telle personne, qui guide au mieux ses plus jeunes partenaires. Tout comme Gilles Nédelec, qui formait la charnière centrale, à 42/44 ans, face à Plonéour, et qui avait été repéré par le Stade Lavallois, Kharim Semmam défie le temps, avec un challenge qui lui tient à coeur, comme à l'ensemble du club, remettre Saint-Pol en ligue.
Légende: A 41 ans, Kharim Semmam joue les prolongations, en D1, dans son club de coeur, au Stade Léonard Kreisker ( 2ème en D1, poule C).
Le Carméléon, ce surnom lui va comme un gant, avec une triple combinaison parfaite, une adaptation inée à tous les postes du terrain, le lieu, le stade des Carmes, et les deux dernières syllabes, Léon, comme sa terre géographique. Kharim Semmam, c'est la gentillesse incarnée. Ce mordu de foot faisait même Saint-Pol de Léon - Concarneau, la route 4 à 5 fois dans la semaine, de juillet en novembre sur sa première saison.
" J'ai commencé le football, ici, à Saint-Pol de Léon. Je suis originaire d'ici. Je n'ai jamais fait de détection en jeunes. Je me rappelle avoir eu un recruteur des Girondins de Bordeaux qui était venu à Saint-Pol quand j'avais 14-15 ans, mais il n'y avait pas eu de suite. Je l'ai su ensuite. A 15 ans et demi, je m'entraînais avec les -15 ans de Saint-Pol, l'entraîneur des seniors, Jacques Philip est venu à l'entraînement, il m'a dit, tu viens avec nous, ce soir. Je suis allé, le mercredi, il m'a dit de revenir le vendredi soir, et le samedi, il m'a mis dans le groupe senior, j'ai été obligé d'avoir un double surclassement à l'époque (-15 ans et -17 ans). Et à 15 ans et demi, pour mon premier match, il me met "titul" en DRH. Après, je n'ai plus lâché la première. "

Passé à travers les mailles de la formation, Kharim Semmam a toujours gardé en lui, la passion du football, et une relation fusionnelle avec le ballon. Ca l'a guidé tout le temps. Avec un match de coupe de France, qui a tout basculé et l'a fait connaître sur un niveau autre par le grand club voisin.
" J'avais 16 ans, je jouais en DRH, la coupe de France aussi. Tu découvrais les primes de match. 50 Francs à l'époque, tu étais content, ça faisait l'entrée en boîte, après le match du samedi soir. Le match qui m'a lancé, c'est Saint-Pol - Plabennec en coupe de France. Il y'avait énormément de monde au stade. Je sors à la 80ème minute mais je fais un énorme match. Tout le monde se met debout, m'applaudit, ça fait bizarre à 17 ans. Je ne comprenais même pas ce qui s'était passé. Deux heures avant le match, je garais encore tranquillement mon scooter, aux abords du stade. Je n'étais pas prédisposé à faire ça au départ, mais ma qualité première, c'était l'acharnement. J'ai toujours aimé le foot. Même à mes neveux, je leur dis, si tu veux faire ça, il faut se donner les moyens, et travailler beaucoup en dehors des entraînements. Tout ce qui ne se voit pas, il faut que tu travailles. Après l'école, je posais mon sac et je prenais mon ballon. Le meilleur conseil, c'est la maîtrise du ballon, c'est le plus important. A 10/11 ans, je faisais 1.000 jonglages tous les jours, après l'école, je m'obligeais à faire 1.000 pour pouvoir rentrer à la maison. C'est une exigence que j'avais. Dès fois, je faisais tomber le ballon à 900, mais c'est pas grave, je recommençais"

Le football, à tout niveau, c'est avant tout de l'amitié qui en ressort. Très lié à Christophe Gourmelon, dans son parcours, il y raconte les anecdotes de ce football de haut-niveau National, à mi-chemin entre l'amateur qui n'était plus et le pro qui n'était pas complètement.
" Après le match contre Plabennec, avec Saint-Pol, un mois après ce match, j'ai Bernard Maligorne, qui m'appelle. Il est intéressé pour que je rejoigne le groupe en cours de saison. Mais je suis en première, au lycée. Je lui dis OK, mais il faut que tu me trouves une école et un logement parce que je n'avais pas le permis. On s'est mis d'accord, je jouais toujours à Saint-Pol en DRH et je m'entraînais avec Plab', la semaine. Mais ça, je ne l'avais pas dit à personne à Saint-Pol. Je n'ai mis au courant que Jacques Philip, en qui j'avais une totale confiance. Je finis en plus co-meilleur buteur en DRH. A Plab', je me suis très lié avec Christophe Gourmelon, on arrivait ensemble. On avait même signé ensemble à La Vitréenne en CFA. On a lié une grande amitié qui dure toujours. C'est grâce à lui que j'ai signé à la Vitréenne. Le coach, c'est Oswald Tanchot. Il m'avait vu jouer en CFA, au poste de latéral gauche. Pour lui, j'étais le meilleur de la division à ce poste. Je signe là-bas parce que je savais que Christophe avait déjà signé. Il fait un mois là-bas, et il se barre. Je lui dis, tu ne me fais pas ça, je fais la moitié de saison. J'étais cramé, je faisais les allers-retours Brest - Vitré. Mais il ne me laisse pas de lettre de sortie. Franck Kerdilès me laisse m'entraîner avec Plab', et là où j'ai de la chance, cette année-là, Plab' monte en National, en 2009/2010. Plab' est le club qui me correspondait, familial, je connaissais tout le monde. Je commence doublure de Jérôme Mombris, et au bout de 3 matchs, je prends sa place. J'arrive à être titulaire en National, deux saisons complètes. C'était vraiment top!"

Ces deux années en terre sudistes à Concarneau l'ont aussi marqué, dans ce chaudron de Guy-Piriou, à qui le Kop Allemand donnait l'énergie supplémentaire à tout joueur de couloir thonier.
" Concarneau? Toujours avec Christophe Gourmelon. Il avait signé là-bas, il me dit le président de Concarneau, il veut t'avoir. Jacques Piriou m'appelle, Nicolas Cloarec ensuite. Christophe, il avait bien joué le coup, parce qu'avant que je signe, il me fait passer une soirée avec les joueurs. J'ai été introduit avant que je signe. J'ai vu que c'était aussi un club familial, c'était un groupe de copains, un peu comme à Plab. Je fais deux années de 2012 à 2014. L'année où je pars, on perd contre Guingamp, en coupe de France qui la gagne cette année-là (2-3, ap). Sur France Bleu Breizh Izel, Stéphane Guivarch m'avait même élu homme du match. A Concarneau, la force, c'était le stade, un petit chaudron!"
A 30/31 ans, Kharim Semmam fait un choix familial, en partant avec sa compagne dans le Sud de la France. Malgré un essai à Narbonne, il décide d'arrêter le football sur un coup de sang. Même si ça lui manque au départ, il découvre autre chose, une entrée dans la vie professionnelle, une vie de famille par l'arrivée de deux petits " Catalans", et un retour sur ses terres léonardes en 2022.

"On avait fait un choix de couple avec ma femme, de partir dans le Sud de la France. J'arrivais à 30/31 ans, j'avais vécu tellement de choses que je lui devais bien ça. On part 8 ans là-bas, on est revenu avec deux petits Catalans ( un garçon et une fille). Nous sommes revenus en 2022, et rapproché aussi des parents. J'avais mon beau-frère qui jouait à Roscoff. Le football, ça s'est refait sur un repas de famille. J'avais arrêté 8 ans avec le foot. J'avais eu des touches là-bas, Narbonne, Cannet en Roussillon... J'avais signé à Narbonne, sur un projet ambitieux ( beau stade, préparateur physique....). On joue un match à Argelès/Mer, pas de vestiaires, pas d'arbitre et on joue sur un champ de patate. J'appelle ma femme, et je lui dis après le match, le foot, c'est fini! J'étais arrivé au bout, me changer sur l'herbe, sans arbitre et jouer sur un champ de patate. Début de semaine, j'appelle le prés' du club, et je lui fais part de ma décision. Roscoff, la D1, je ne connaissais pas, j'avais arrêté 8 ans. Je suis revenu en 2022, à 38 ans. J'ai fait une saison et demie, avant que Pat ( Philip) ne m'appelle pour Saint-Pol"
A 42 ans, il est maintenant un guide sur le terrain, quelqu'un qui par sa présence, rassure immédiatement les jeunes joueurs du groupe. Sans être un vieux combattant, il ne veut pas en avoir le discours, juste partager sa passion, et faire grandir ses jeunes, qui ont les qualités pour pousser un niveau plus haut prochainement.
Tous les moments qu'on a vécu, c'est ce qu'il te reste à l'issue de ta carrière
" Je leur dis chaque année, tant que mes jambes ne me disent pas stop, je continuerai. Je prends toujours du plaisir à être sur un terrain, et ce qui compte, c'est maintenant de bien transmettre aux jeunes. Mon objectif, il n'est plus sportif, c'est de voir un jeune me pousser dehors. J'aiderai alors la B ou passer mes diplômes d'entraîneur pour faire entraîneur-joueur. Le football, c'est une drogue, pour faire ce que j'ai fait, si je n'avais pas aimé ça, je ne l'aurai jamais fait, car il y'a trop de sacrifices derrière. Faire la route Saint-Pol - Concarneau, si tu n'aimes pas ça, tu fais un aller-retour et tu stoppes. Tous les moments qu'on a vécu, c'est ce qu'il te reste à l'issue de ta carrière. C'est grâce qu'une équipe a des résultats, l'ambiance, une bande de potes, dans un club familial. C'est la cohésion qui fait gagner des matchs, se battre l'un pour l'autre sur le terrain. Même si on est fatigué, on doit sortir du terrain en ayant donné son maximum du jour"
Avec un parcours atypique, qui fait aussi le sel de sa personnalité, inarrêtable sur le terrain comme en dehors, quand on parle de football, il met aussi en avant la difficulté de jouer au football plus les niveaux augmentent. Concilier tous les tableaux devient alors du funambulisme, avec une démultiplication dans une simple journée.
La solidarité et la force qu'on avait à Concarneau ou à Plabennec, ça nous transcendait
" De mon expérience, en CFA/National, il y'a un vivier de joueurs qui pourraient prétendre à jouer en Ligue 2/Ligue 1. Il faut un facteur chance qui te fasse basculer dans ce monde-là. Le plus dur, c'est de rentrer dans le monde pro, une fois que tu as été introduit, tu y restes.A côté, je suis comptable de formation. C'est très bien, les chiffres, j'ai toujours aimé. J'ai fait cette reconversation, quand je suis arrivé à Perpignan. Avant, ce n'était que football, j'avais une formation commerciale. Le plus difficile, quand j'étais à Plabennec ou Concarneau, c'était de concilier les deux. On avait tous les inconvéniants du football pro ( longs déplacements, entraînements tous les jours, des matchs parfois en semaine), l'entente avec son employeur est primordiale. On était beaucoup à travailler en dehors, à Plabennec ou Concarneau, et on jouait des équipes où les joueurs ne vivaient que du foot. Même avec la fatigue, on arrivait à faire des supers résultats. La victoire, quand on gagne, ça soude un groupe. La solidarité et la force qu'on avait à Concarneau ou à Plabennec, ça nous transcendait. Je trouve bien que la Ligue 3 se mette en place en France. J'aurai aimé que ça soit fait avant. C'est normal, tu te déplaces dans toute la France. Ca serait un minimum d'aider ces clubs-là financièrement, car c'est un coup énorme. Surtout quand le club est issu du monde amateur. Le moment le plus beau maintenant, c'est de recroiser un coéquipier, rien que de se voir, on rigole, il n'y a parfois pas besoin de mot, tant la complicité perdurera toujours"
Deuxième de son championnat à six journées de la fin, le Stade Léonard Kreisker joue encore l'accession en R3, et n'est qu'à cinq points du leader de l'US Cléder en D1, poule C. Jouant la première ou la seconde place, synonyme potentiellement de montée en R3, le Stade Léonard Kreisker a retrouvé des forces, après être même tombé en D2. Ce grand nom du football finistérien travaille bien, avec des équipes propres chez les jeunes. Ca paiera forcément un jour, l'esprit est revenu, Kharim Semmam est aussi le garant d'un football de haut-niveau, et apporte aujourd'hui toute son expérience et ses qualités toujours intacte, à son jeune groupe.