16/01/2026

Ronan Salaün: mes quatre années avec Rolland Courbis

450 matchs en professionnel, le quart d'entre-eux dirigé par Rolland Courbis, le Quimpérois, Ronan Salaün a connu comme beaucoup de joueurs, Rolland Courbis, comme entraîneur, à Bordeaux et Toulouse FC, deux ans aux Girondins et deux autres au TFC, dans la première moitié des années 90. Quatre années avec l'entraîneur marseillais, dont il garde un souvenir éminemment affectueux, avec sa galerie d'anecdotes qui va de pair avec ce grand personnage du football français. Décédé en début de semaine, à 72 ans, il laisse forcément un grand vide dans le foot français, celui attachant le football à ses attaches populaires. D'une certaine façon comme Henri Michel au FC Nantes sur ses années de joueur, aussi originaire des Boûches du Rhone, il avait cette Aura immédiate, qui s'est encore renforcé à la fin de sa carrière de joueur ( Monaco, Olympiakos Pirée, Sochaux, Toulon) sur son parcours d'entraîneur. Plongée dans ses quatre années de Ronan Salaün avec Rolland Courbis.

Légende: Le Quimpérois, Ronan Salaün a été entraîné quatre ans par Rolland Courbis, sur son parcours de joueur professionnel, deux ans aux Girondins de Bordeaux et deux ans au Toulouse FC.

" Rolland vivait à l'hôtel que ça soit à Bordeaux ou Toulouse. L'image que je retiens de lui, c'est quelqu'un qui ne parlait jamais mal à ses joueurs. Il était juste et franc. Je me rappelle qu'à Bordeaux, il me met remplaçant un match alors que j'avais fait un bon match, la rencontre précédente, en me disant même si l'équipe gagne 4-0, tu seras titulaire le prochain match. Et il respectait sa parole. Elle était engageante. Comme il vivait à l'hôtel, les nouveaux joueurs étaient aussi logés dans le même hôtel. A Toulouse, je suis arrivé seul sans la famille au départ, il proposait souvent qu'on mange ensemble le soir, pour ne pas être seul. Avec les autres recrues, on avait notre table avec lui, le soir à l'hôtel", explique Ronan Salaun.

Cette découverte de l'homme, Ronan Salaun va la débuter en D2 avec les Girondins de Bordeaux. Gernot Rohr est sur le départ, Rolland Courbis arrive aux Girondins.

" Beaucoup m'ont dit que ça ne collerait pas, un Breton, un méridionnal, ça n'a pas le même tempérament. Et pourtant, c'est tout l'inverse. J'ai vraiment aimé l'homme. J'avais un truc pour savoir s'il était content de mon match, quand il était satisfait, il m'appelait le Breton, quand il l'était moins, il m'appelait Salaün. A Bordeaux, je jouais attaquant, la première année, on remonte en D1 et la 2ème année, on finit 4ème du championnat, avec les Lizarazu, Dugarry, Zidane. Il était très malin dans sa construction d'équipe. Je me souviens sa deuxième année à Bordeaux, il voulait se débarasser de trois joueurs de notre effectif pour les remplacer par trois Cannois qui tombaient en D2. Il prend Jean-François Daniel, Eric Guérit, et Zinédine Zidane ( qui avait 20 ans). Il propose une somme globale pour les 3 à Cannes"

Faisant monter son équipe d'Ajaccio en Ligue 1, malgré un des plus petits budgets du championnat, finaliste de la coupe UEFA avec Marseille en 1998/1999, vice-champion de France, cette année-là, il a connu beaucoup de succès dans toute sa carrière d'entraîneur. N'hésitant pas non plus sur sa carrière de joueur, à s'inventer de toute part un grand-père grec pour pouvoir s'engager au milieu des années 70, avec l'Olympiakos du Pirée, il gardait constamment son esprit joueur qui fait aussi le sel de ce personnage hors du commun. 

" Rolland, ses causeries de 45/50 minutes, le jeudi ou vendredi après-midi. Il nous faisait gagner des matchs dans le vestiaires avec ses causeries. Je me souviens, Nantes, l'année où il gagne tout, il nous avait convaincus qu'on était meileur qu'eux, avant de fouler la pelouse. On l'a tellement crû qu'on leur a mis 3-0 à Chaban Delmas. C'était un bon vivant, qui ne se privait pas, mais aussi un gros bosseur, qui pensait foot, jour et nuit. Sans cesse, à réfléchir sur son équipe. A Evian, j'étais avec Bernard Casoni, qui me faisait part que le meilleur entraîneur qu'il avait eu dans sa carrière, c'était Rolland Courbis, à Toulon, avant Franz Beckenbauer, son entraîneur à l'Olympique de Marseille, champion du Monde avec la RFA en 1990. Une anecdote confiée? Oui, il y'avait un match Toulon - Lille, dans les années 80. Toute la semaine, Roland avait astiqué Jean-Louis Bérenguier, une figure de Toulon. Il lui avait rabâché toute la semaine, tu vas voir avec Bernard Bureau, il va te mettre la misère sur le terrain. Coup d'envoi à Mayol, deux minutes, il met un tampon au Lillois, restant au sol, sur sa première intervention en hurlant vers Rolland " Il est où maintenant ton Bureau?. Pareil pour moi, quand je mets un taquet, à un partenaire à l'entraînement, il le voit et me fait monter à son bureau, après la séance. Il ne l'avait pas fait devant tous les autres, juste pour me dire qu'il avait bien vu. Il insistait aussi sur le premier contact dans le match, même s'il y'a faute, de mettre ce qu'il faut car l'arbitre met rarement un jaune sur la première faute du match", retient Ronan Salaün.

Maître dans la gestion de son groupe, où il n'accordait aucun passe-droit, il a toujours entraîné le respect de ses joueurs avec cette règle à ne pas dépasser.

" C'est un entraîneur qui avait beaucoup d'avance sur les autres. Sa force, c'était la gestion d'un groupe. Le foot, pour lui, c'était de prendre du plaisir sur le terrain, il finissait toujours ses causeries par cette notion. Il était novateur dans sa façon de diriger son équipe, il était très rigoureux dans le placement, replacement de son équipe, mais il t'accordait une confiance complète dans l'utilisation du ballon. Il y'avait des zones libres offensives, pour faire ce que tu voulais, mais aussi des zones où tu n'avais pas le droit. Le 6 ne dépassait rarement le milieu du terrain. Il n'avait pas le droit. Il était encore plus vigilant à ceux qui ne jouaient pas dans le groupe. Il ne fallait pas foutre le bordel dans son vesitaire, autrement il te le faisait savoir directement face au groupe. Je m'en suis beaucoup inspiré quand j'ai pris l'équipe de Quimper. Rolland Courbis est le meilleur entraîneur que j'ai eu dans la gestion d'un groupe, il tenait à avoir un bon vestiaire, un état d'esprit et une envie de faire des choses ensemble. Dans chaque jeu, à l'entraînement, il y'avait cette notion d'esprit d'équipe", confie Ronan Salaün.

C'est Rolland Courbis qui m'a fait passer défenseur sur ma deuxième partie de carrière

Attaquant sur sa première partie de carrière, défenseur latéral sur la deuxième, Ronan Salaun a connu ce point d'intersection grâce à Roland Courbis sur ses années Toulousaines. Au côté des Arribagé, Hadzibejic, Senac, il avait glissé sur le poste de latéral droit, à Toulouse, et il y est resté jusqu'à la fin de sa carrière.

" Encore là, il l'a fait malicieusement devant le groupe. Dans une causerie, il s'adresse au groupe, et dit à plusieurs reprises aux défenseurs, ce n'est pas quand même, Ronan qui va vous apprendre à défendre. Deux jours après, il me prend à part, Ronan, je suis emmerdé, on n'a plus d'arrière-droit, tu ne veux pas faire une pige à l'arrière. Comme il avait dit devant le groupe, je ne pouvais lui dire non. Mais il m'avait mis dans le confort, en passant à un 3-5-2, qui était novateur pour l'époque, on joue Alès en D2, on gagne 3-0 et je mets le dernier but au Stadium. Il  m'a toujours dit directement les choses, avec une franchise, jamais derrière mon dos. A l'issue de ma 2ème année à Bordeaux, on finit 4ème du championnat. Je veux rester, mais Bordeaux veut Stéphane Paille, et dans la balance, Daniel Jeandupeux, l'entraîneur caennais me veut. Roland me dit les choses, si tu veux rester, tu restes, on paiera un peu plus pour le transfert de Paille, mais je ne t'assure pas de jouer 36 matchs sur 38 comme cette année. Comme j'étais aussi blessé, je choisis Caen, et un an après, il me recrute à Toulouse. Un souvenir de la signature de ce contrat? Oui, je suis avec mon agent, Henri Zambelli, avec Roland Courbis et le président de Toulouse FC. Et ce dernier se braque et bloque au dernier moment, la veille, sur la signature du contrat. Je ne savais plus comment réagir. Et Rolland me rassure, ne t'inquiète pas, il va faire sa nuit, comme toi et moi, il va réfléchir et demain matin, tout ira bien. Et il avait raison, et avait tout deviné et compris ce qu'il allait se passer. A la première heure, on est reconvoqué dans son bureau, et on s'engage sur ce qu'on avait dit la veille sur un contrat de 4 ans", glisse Ronan Salaün.

il est celui qui m'a plus inspiré

Avant de renchérir sur la richesse de Rolland Courbis, dans l'intimité de la vie de groupe aux Girondins de Bordeaux ou au Toulouse FC.

" Des souvenirs, avec Rolland, il y'en a plein et que des bons. A Toulouse, il n'arrivait que le jeudi sur place. Souvent quand on était à l'entraînement, et on voyait un avion dans le ciel, on se disait tiens, le coach arrive. Parfois, il arrivait en retard sur les séances, laissant son adjoint, Roger Ricort, faire toute la séance. Au lieu de venir de suite nous voir, il allait voir les supporters, en fumant sa cigarette, derrière la piste d'athlétisme. A notre époque, il y'avait un staff de 3/4 maximum. Ca voulait dire aussi qu'il avait vraiment une totale confiance en son adjoint et savait déléguer. A Bodeaux, aussi pour les déplacements en car, on jouait énormément aux cartes, à la contrée, on misait tous un billet et le premier qui arrivait à 1000 points, rafler la mise. Ca durait 3/4 heures de suite. C'est l'entraîneur le plus marquant que j'ai eu dans ma carrière. J'ai eu aussi des très bons entraîneurs à Brest avec Bernard Maligorne dans la formation ou Slavo Muslin à mes débuts, mais il est celui qui m'a plus inspiré. J'avais essayé d'être son adjoint au Stade Rennais, je savais qu'il en cherchait un, j'aurai adoré le faire. Ca ne s'est pas fait parce qu'il avait trouvé juste avant, il me l'avait dit par téléphone. Quand j'ai appris son décès, ça m'a fait drôle, je n'y croyais pas car je l'avais entendu ce dimanche, à la Radio".

Après la cérémonie à Paris, une autre sera organisé en sa mémoire, ce samedi après-midi, dans sa ville de Marseille. Après Jean-Louis Gasset sur cette fin d'année, Rolland Courbis symbolisait ce football populaire et proche des gens. Avec toute sa faconde, tout son amour pour ce jeu, qui l'a transmis à ses joueurs avec ses valeurs, ses certitudes, et son instinct. Ronan Salaün a été de ceux-là, et en a aprécié l'homme qui par beaucoup de côtés, l'a grandemment marqué.

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