A la manière d'un coureur cycliste, Maxime Sébilleau, 35 ans, a vu le football comme passer des dents à son pédalier, pour qu'il tourne à pleine vitesse à la ligne d'arrivée, sans le faire dérailler. C'est un peu cette métaphore ressentie dans ses propos. " Dans les séances, l'intensité, je n'avais jamais connu ça avec Jérémy Charneau. J'ai fini ma carrière, en étant au top physiquement. Dans les performances, je comprenais tout l'investissement d'un joueur réclamé pour la N3, avec des résultats et un investissement de malade. Je termine sans blessure, j'avais encore une dans les jambes, mais il était temps que j'arrête". La fin restera comme un goût d'inachevé, ayant encore en travers de la bouche, le fait d'être resté sur la touche, à l'écart du groupe, face à Vire, à la Mi-Mai. " Je ne demandais pas la lune, 10/15 minutes sur le terrain, de sortir devant tous les ami(e)s et la famille. Je l'ai eu mauvaise pendant 15 jours après. Il y'a aussi une autre vision personnelle du football. C'était valable pour moi, pour Pierrot ( Le Reste) aussi". Malgré cette fin inachevée, Maxime Sébilleau aura connu la transition entre deux formes de football, en 15 ans de senior, passant d'un football tableau noir et véléda à un disséquage minutieux et détaillé du jeu de son équipe et de celui de son prochain adversaire, par des montages vidéo. De Pont-Aven à Ergué-Gabéric, il y'a eu plusieurs ponts à passer ( en référence à la toponymie du restaurant familial), mais Maxime, c'est une forme de football, une conception du football qui range ses crampons, celui d'un footballeur hautement compétiteur, capable dans l'ombre de se charger des 15/15, des 30/30 sur son heure de pause à midi, mais être aussi rassembleur avec une hauteur de vue. Exemple, à Sizun, après le deuxième passage des Paotred Dispount, au 6ème tour de la coupe de France en 2022/2023 (1-7), Jean-François Lagadec, le président des Paotred Dispount, glisse au groupe. " Maintenant, les choses sérieuses commencent". Captant de suite le moment et le mettant sur un support long. " Ca y'est: Le président s'embourgeoise". Ou encore capable en plein match du FC Quimperlé, au Quimper Kerfeunteun FC, de faire entendre un " J'ai glissé chef", à son coach Eric Gaillard quand celui-ci l'apostrophait de son erreur. Ou encore de s'amuser avec Martin Le Gall, " Ah, voilà, notre Gerd Müller!", mettant aussi en avant sa large culture foot et un côté décalé et amusant de l'instant. " Il y'a aussi cette vie de groupe, qu'on cherchait à préserver. Avec Mikaël Guillamot, Pierre Le Reste, Fabien Prat, Franck Thomas, aux Paotred Dispount, on avait un super groupe, pas simple à créer au départ, mais la mayonnaise a pris. Un entraîneur, Mikaël Caoudal qui était en avance sur son temps. On a crée un lien très fort avec les anciens et jeunes".
Légende: A 35 ans, Maxime Sébilleau ne rempilera pas, il arrête sa carrière senior, en N3, après un parcours riche et une cime sportive DH/N3 qui ne l'a jamais quitté.
Glissant aussi ses erreurs, comme le fait de partir de l'US Concarneau sur la génération Maxime Toupin, Guillaume Jannez, Jérémy Drouglazet, Thibault Sinquin (les 88 à 92), à l'US Trégunc, à 19 ans, Maxime Sébilleau le regrette après coup, pas sur le moment. " J'aurai peut-être du attendre que la porte s'ouvre à l'USC", mais ça n'allait pas avec son caractère, l'attentisme. Impétueux à ses débuts, vivant intensemént, il trouva son parfait pendant, avec Yann Le Borgne, au FC Quimperlé, composant une charnière redoutable, le feu et la glace sur le terrain.
Comme au Mané Braz, sur un authentique exploit quimperlois (1-2, 7ème tour coupe de France, 2013/2014), où il avait muselé William Sea, le puissant attaquant montagnard, promis à une carrière professionnelle, jusqu'à tituber sur le terrain au coup de sifflet tellement il avait tout donné. Et de faire tourner quelques minutes l'escalope dans les vestiaires pour service rendu à pied récalcitrant, et pour célébrer la victoire debout sur une table dans le vestiaire.

" J'ai aimé les matchs, mais aussi l'après-match. La joie de la route retour quand on avait gagné. Et les matchs de coupe de France ou des matchs de montée. Le 32ème finale face à Ajaccio avec Quimperlé, devant plus de 4.000 personnes, les trois 8ème tours avec les Paotred Dispount, le match de la montée face à l'US Montagnarde, et les parcours avec l'US Montagnarde".
Concédant avoir fini avec la meilleure équipe, son parcours " A part un ou deux avant-centres locaux, j'ai joué avec le gratin du Sud-Finistère aux Paotred Dispount. On avait tous les meilleurs du secteur dans l'équipe. A l'entraînement, sur deux/trois séances, c'était franchement impressionnant notre qualité. La N3, localement, c'est un plafond de verre, on sait qu'on touche à la limite. La relégation n'est pas forcément une mauvaise chose, avec un niveau R1 pour les Paotred Dispount, qui va aussi mieux aller", Maxime Sébilleau a joué avec le gratin, côté Morbihannais aussi à l'US Montagnarde, avec les Rahmane Barry, Mickaël Tison, Thibault Bouedec, ou Marvin Luciathe.

" Mon meilleur choix a été de finir aux Paotred Dispount. J'ai réussi à m'adapter à une forme de football qui avait changé, un foot plus formaté maintenant. Par exemple, notre dernier match face à Vire, on ne joue pas, on est sur un profil bas, et pourtant, il y'a 1.400 personnes au stade. Les spectateurs viennent aussi pour voir du combat, des duels, sur une forme différente".
Ce foot différent était aussi un refuge pour les Paotred Dispount, dès que le feu couvait à l'Automne, en N3. Maxime Sébilleau et Pierre Le Reste étaient souvent rappelés à la rescousse, en défense centrale, un football moins flamboyant et terriblement efficace. " On fait ce qu'on sait faire, et on le fait bien".
Indispensable encore quand il a fallu mettre une tête rageuse à la 87ème minute sur l'ouverture face à Flers l'an dernier (2-0) pour un match couperet, il avait ausi ce don particulier de mêler toutes les générations, avec une relation quasi-unique dans l'équipe avec les spectateurs. Montant son niveau technique aux Paotred Dispount, avec Mikaël Caoudal, jusqu'à devenir ce parfait relanceur, à la Franco Baresi, il avoue même avoir pris du plaisir dans un rôle à contre-nature. " J'ai aimé aussi être remplaçant sur la fin de carrière, je ne l'avais jamais été, et rentré 20/30 minutes dans un match pour sécuriser le score. J'ai aussi la chance de terminer aux Paotred Dispount et finir sur la meilleure équipe de ma carrière".

Passant aussi les étapes, de Pont Aven, à l'Hermine Concarneau, à Quimper Kerfeunteun FC avec sa classe 90, des Max Autret, Tristan Pensart, le gardien, ou Benoît Bégoc " On s'est rejoué cette année, avec Paotred (B) - Bourg-Blanc, ça nous a fait drôle", à Concarneau, à Trégunc, à Quimperlé, à l'US Montagnarde et aux Paotred Dispount, chaque footballeur amateur se retrouvait en Maxime Sébilleau.
Donnant la dimension humaine et locale, mais aussi la quintessance de ce football de haut-niveau que tout amateur aurait aimé jouer sans en avoir les qualités. Car derrière sa faconde et affabilité, il y'avait aussi un sacré caractère et un côté compétiteur acharné. " On est tellement dedans que ça peut avoir des conséquences sur l'extérieur".

Ayant toujours vécu pour et par le sport, il s'en nourrira autrement à la rentrée, et pendant son été, un trail à Belle-ïle, un marathon à Séville. Tout nouveau Papa, il aura aussi les premiers week-ends complets en famille.
Bref, des choses qui n'ont pas de prix, mais il manquera terriblement au football du Sud-Finistère. Et qui sait, peut-être que ça lui manquera aussi au début de l'Automne!



