Le 15/05/2019

Jean-Yves Kerjean: le succès des Abers

Qui peut s'enorgueillir d'avoir conversé avec Nelson Mandela, au téléphone? Ou d'avoir eu comme directeur technique, Diego Maradona à Dubaï? Au bout de la victoire 0-3 dans le grand derby d'Afrique du Sud entre les Kaiser Chiefs et les Orlando Pirates, le président de la république Sud-Africaine, Nelson Mandela détenu 17 ans, à Robben Island, a appelé en personne Jean-Yves Kerjean, entraîneur aux Orlando Pirates Soweto pour le supplier de rester comme entraîneur. " Je suis resté sans voix, pris par l'émotion de parler à une telle personne". Beaucoup auraient pris la grosse tête face à une pareille carrière, Jean-Yves Kerjean est resté le même: simplicité, humilité et compétences en gardant ses racines de son commencement aux Arzelliz Ploudalmézeau. Le premier club qu'il l'a façonné, son identité, son coin de paradis, ses premiers matchs en senior à 17 ans en équipe première avant que le Stade Rennais ne choississe ce stoppeur de devoir et volontaire. La carrière professionnelle l'amènera sur des challenges improbables. L'Olympique Marseille, post Marcel Leclerc, tombé en D2, au début des années 80, qui remontera dans l'élite avec Jean-Yves Kerjean et l'époque des Minots: Eric Di Meco, Jean-Charles De Bono, Roland Gransart, Frédéric Meyrieu, José Anigo... 

Jean-Yves Kerjean avec son fils Jean-Vincent, heureux de la victoire en coupe du Finistère.

La carrière s'arrêtera à la fusion au début des années 90 en D3, entre l'UCK Vannes et le Véloce Vannetais au Vannes FC. Du Stade Rennais en 1976 à Vannes FC en 1991, quinze ans de haut-niveau, autant en tant qu'entraîneur, le Ploudalmézien possède cette même générosité et enthousiasme dans son comportement. " Le meilleur joueur que j'ai vu dans ma carrière, l'Ivoirien, Laurent Pokou au Stade Rennais. Un extra-terrestre avec une triple détente verticale". Champion d'Afrique du Sud avec Soweto en 2001/2002, Jean-Yves Kerjean a vécu une sorte de sommet à Johannesbourg. " Magnifique! L'Afrique du Sud a la même caractéristique que le Brésil avec ces hauts et ces bas. Tous les week-ends, nous jouons devant 80.000 à 100.000 spectateurs. En permanence, j'avais un garde du corps et deux quand nous jouons. Je suis rentré pour la famille". Tout comme son expérience à Dubaï, avec comme supérieur, El Pibe de Oro, Diego Armando Maradona. " Le football m'a fait vivre des moments inoubliables et incroyables".

Ploudal', son bout de terre au bord de la mer, est son lieu de retrait, sa soupape, sa respiration et son énergie. Entraîneur deux ans à l'US Concarneau avec Guy Piriou pour président, cinq ans à la tête des jeunes du Stade Brestois (2007-2012), Jean-Yves Kerjean garde son attachement pour tous ces gamins devenus professionnels, qu'il a dirigé. " La montée en Ligue 1 du Stade brestois est formidable pour la région. C'est mes jeunes, qui étaient de la fête, les Brendan Chardonnet, les Gauthier Larsonneur, Mathias Autret. Toute cette génération avec les Romain Thomas, Vincent Richetin, Thomas Coty, Romain Cabon, ils sont tous passés au SB29".

Après ce tour du monde planétaire avec le ballon, Jean-Yves Kerjean a convaincu une bande de jeunes du club, qu'il était possible de ramener la coupe du Finistère aux Arzelliz. En  sortant six équipes de ligue, la finale a couronné Ploudalmézeau en vainqueur face au SC Morlaix (1-0, ap). Là, encore son instinct du jeu a fait mouche. Ses choix de faire reculer Baptiste Kerouredan, d'avant-centre en stoppeur, d'expliquer les yeux dans les yeux à Clément Le Hiress en prolongation que ses partenaires avaient besoin de lui sur le terrain et non en dehors, de préparer son groupe à l'intensité des 120 minutes, Jean-Yves Kerjean a façonné son groupe à son image. Rien lâcher, rester dans une attitude positive, ne pas reculer, ce succès, peut-être le plus beau en 113 ans d'histoire, a été fêté très longuement dans les Abers, ce dimanche. " Ce titre de la coupe du Finistère fait ressortir notre meilleur. Le faire avec sa commune amène une énorme joie. On y a crû en sortant Plogonnec, qui a été le plus dur adversaire, la meilleure équipe que nous avons joué dans cette compétition. Si on pouvait battre cette équipe, nous pouvions aller au bout. Cette victoire à l'extérieur nous a donné un révélateur de nos possibilités. Cette victoire, on la dédie forcément à Judicaël Bougaran, décédé brutalement. Nous l'avons fait pour lui".

Les Vincent Le Guen, 38 ans, non aligné sur la feuille de match ("L'idole de tout un club, un très grand joueur", pour le stoppeur Baptiste Kerouredan), les Pierre Tanguy, le président des Arzelliz, les Yvan Cueff, et tous les autres, cette coupe du Finistère a amené une joie immense. Et même un grand espoir. " Personnellement, je suis pour la fusion entre Ploudalmézeau et Portsall. On forme une même commune et deux clubs séparés. Portsall va grimper en R2, nous avons prouvé notre valeur en championnat et en coupe. Je rêve d'un grand club dans notre comumne", soutient Jean-Yves Kerjean. Revenu à la maison, avec deux fils, Yves-Marie à la GSI Pontivy (N3M) et Jean-Charles à l'EA Guingamp (N3M), après trois ans au centre de formation de l'AS Monaco, la flamme du football n'est pas prête de s'éteindre chez les Kerjean.

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